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Réflexions écophénoménologiques sur la participation
Face à la détérioration fulgurante des conditions d’habitabilité de la Terre, le temps n’est-il pas aux actes plutôt qu’à la parole ou la pensée ? Aussi louable soit-elle, cette injonction à l’action résiste mal à l’analyse. D’une part, parce que ce que signifie « agir pour l’environnement » demeure parfaitement flou tant que ne sont pas élucidées les valeurs qui nous mettent en mouvement. D’autre part, parce que la volonté de maîtrise qui transparaît au travers de nos approches technosolutionnistes des « problèmes » environnementaux pourrait bien être, en elle-même, le premier obstacle au changement. Ainsi, l’urgence est-elle peut-être d’abord philosophique. Comme le propose l’éthique environnementale depuis son apparition dans le paysage académique autour des années 1970, il s’agit de chercher les causes profondes de la « crise environnementale » au niveau du rapport qu’entretient l’humain avec la nature en commençant par interroger l’anthropocentrisme.
Cette thèse, inscrite dans le champ de recherche de l’écophénoménologie, se propose précisément de contribuer à cette réflexion par l’exploration de l’expérience vécue de la nature. C’est-à-dire, l’expérience sensible et immédiate d’un monde vivant, un monde plus qu’humain partagé par une multitude de formes de vie. Structurée en trois parties, notre recherche vise d’abord à clarifier ce qui fait la spécificité et la pertinence de la méthode phénoménologique relativement à la question du dualisme humain-nature. En portant un regard critique sur les éthiques environnementales classiques, nous mettons en évidence le caractère théorique de leur entreprise. La vision relationnelle du monde vers laquelle elles tendent demeure probablement trop abstraite pour offrir les conditions d’une véritable prise de conscience de notre appartenance à la nature. Car, faut-il le rappeler, avant d’être un concept ou un objet de discours, la « nature » se donne comme un phénomène concret, palpable, adressé à nos sens. Comme nous le suggérons, cette façon de l’appréhender en première personne s’avère particulièrement féconde pour la philosophie environnementale. Elle conduit à la reconnaissance intime de notre entremêlement dans la trame du vivant.
Il s’agit dès lors de plonger dans la perspective incarnée et foncièrement relationnelle de l’écophénoménologie. Notre mode d’être fondamental, proposons-nous de le comprendre, est celui de la participation. Comme ont pu le révéler les analyses de Merleau-Ponty, avant même que nous puissions nous saisir d’un « je » - distinct du monde comme de son corps - une part de nous-mêmes se trouve déjà et toujours en prise avec les choses. L’ensemble de notre propos s’articule autour de cette expérience de participation dont nous nous attelons à élucider la signification dans la seconde partie, puis, à explorer les conséquences philosophiques et pratiques dans la troisième. Comme nous le pensons, l’expérience de participation nous ramène à notre condition de vivant et donne chair à l’idée d’un « soi écologique ». Plus encore, elle s’invite au cœur de la quête de la vie bonne et offre un fondement sensible à l’engagement éthique et politique. En définitive, soutenons-nous, la clé de la « transition écologique » est à rechercher d’abord dans la qualité de notre présence au monde.
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